Les Roches Noires de Marguerite Duras

Aux Roches Noires, l’ancien grand hôtel de Trouville non restauré, les tapisseries se font la malle et le salon affiche encore les vestiges des années 30. Un téléphone abandonné ne prend plus d’appels. Un mur annonce des dernières nouvelles qui ne seront jamais affichées. La bibliothèque de l’entrée ne contient que des best-sellers anglais.

 

C’est dans ses corridors mystérieux et déserts, arpentés la nuit d’insomnies par Marguerite Duras et Yann Andrea, qu’on peut trouver l’ascenseur en pitchpin délavé au lustre en cristal, dont les pampilles défraichies font tomber une lumière jaunâtre sur nos visages impatients. Les couloirs de l’hôtel scintillent d’une lumière tamisée comme un appel à s’égarer, du papier peint suinte le poison d’une mescaline buvant les murs d’écriture. Duras, Proust, et tant d’autres y ont séjourné.

Nous poussons le bouton mythique du 1er étage pour découvrir la porte désormais fermée de l’appartement de Marguerite Duras. Il faudra chercher ailleurs les traces de sa présence. Dans le vestibule du rez-de-chaussée.

Le carrelage n’est recouvert d’aucun tapis, comme pour faire résonner le son rare des pas qui le foulent. Le vent souffle à travers les baies vitrées usées dont les fers ont été repeints en noir. Le salon glacial s’ouvre sans répit sur la mer immense projetant ses images virtuoses comme un cinéma sans entracte.

India Song semble toujours résonner dans le grand vestibule. Á le parcourir on croit en entendre la mélopée ensorcelée. Michael Lonsdale approcherait, il se tiendrait devant le piano, se tournerait vers Anne-Marie Stretter. On apporterait une coupe de champagne au vice-consul. Delphine Seyrig danserait seule, immortelle au milieu du salon, juste devant les vitres donnant sur la Manche, l’Atlantique ou Saïgon.

Aujourd’hui, Le gardien du lieu est installé dans un fauteuil club surdimensionné face à la plage. C’est un ancien marin, il peut contempler la mer toute la journée si on ne lui demande rien. Mais on lui demande toujours quelque chose.

Recharger une batterie, donner une clé, ouvrir une porte, protéger ceux qui vivent ici encore cachés, à l’abri du monde, comme ce grand comédien français que j’apercevrai par hasard avant de rentrer dans l’ascenseur, superbe, droit, traqué comme un homme qui fuit son passé. Poursuivi par les « Je me souviens » de Pérec, les mots de Beckett ou le rire de Duras.

Les Roches Noires sont le cœur de la ville de Trouville, son plus beau bâtiment et son plus austère secret. Il y a des digicodes sur la plage, un parking protégé, un jardin réservé aux vacanciers et aux propriétaires absents.

On ne sait pas qui y réside encore à l’année. Deux ou trois personnes peut-être. Seules ou accompagnées. Cela aussi restera un mystère. Les digicodes et le gardien protègent ses mystères. 

Les Roches Noires sont toujours un voyage, pour quiconque approche ce bâtiment qui reste ensorcelé par la présence de Proust, chambre 101, et celle de Marguerite Duras, chambre 105.

On y vient pour se perdre, ou pour se trouver.

Texte et images : Danièle Pétrès

Repères biographiques: Marguerite Duras aux Roches Noires

Marguerite Duras a acquis un appartement aux Roches Noires en 1963. Elle y a séjourné jusqu’en 1994 : « Regarder la mer, c’est regarder le tout », dira-t-elle. Elle fait référence à ces lieux notamment dans Le Ravissement de Lol V. Stein (1964), L’amant (1984), Emily L. (1987). Elle y a tourné trois de ses films : La Femme du Gange (1974), India Song (1975) et Le Camion (1977). Elle y rencontrera Yann Andréa durant l’été 1980. Ce livre constitue la voie d’entrée idéale pour visiter ce lieu.

Depuis 2001, l’association Marguerite-Duras remet tous les ans le prix Marguerite-Duras à Trouville-sur-Mer.

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