Paris Art Fair Paris 2013

07/05/2013

Pour sa septième édition, le salon Art Paris Art Fair abrite sous la nef du Grand Palais à Paris 144 galeries d’art contemporain et de design, autour d’un invité d’honneur : la Russie.

Guillaume Piens, ancien directeur de Paris Photo, est le nouveau metteur en scène de la manifestation qu’il a voulue plus européenne que la FIAC, pour développer un marché encore sous représenté dans les grandes foires de l’art (telles Bâle ou Hong-Kong) et y a accru la visibilité d’une nouvelle section « Art design platform », dédiée aux nouveaux créateurs.

ART PARIS ART FAIR 2013

1 – Pour un design à hauteur d’homme

La galerie Slott nous surprend avec cette pièce émouvante de la designer Matali Crasset : « Chaise au ceintures » (2013) ; une pièce unique qui se propose de tracer le portrait de trois générations de femmes à travers un objet. La tendance cocoon est également à l’honneur avec un projet de home cinéma chic et bien intégré aux espaces intérieurs.

Côté design rétro, la galerie Acabas propose des meubles ludiques revisitant les années 30/40, en bois de loupe vernissé contrastant par son luxe joyeux avec la tendance minimaliste actuelle, tandis que la Galerie Cat-Berro présente les meubles-objets d’art de Mattia Bonetti sortis des meilleurs ateliers d’ébénisterie.

Sont ainsi représentées au Salon deux des tendances du mobilier contemporain :

– belles matières et travail artisanal visant à créer des  meubles-objet d’art tels que les dessine Mattia Bonetti, dans une conception traditionnelle du mobilier, et

– tendance plus conceptuelle du design contemporain, qui intègre le storytelling dans la conception des produits, représentée par Matali Crasset. Ce type de créateurs cherche à donner d’abord un sens au mobilier, en racontant l’histoire de ceux qui l’ont inspirée.

Matali Crasset - Galerie Cat-Berro

Acabas / Cat-Berro Galerie- Mattia Bonetti

2 – Le retour de la figuration dans la peinture

Ce qui frappe d’abord en sillonnant les allées, c’est le grand retour de la figuration, comme si la matérialité des pigments et le geste du peintre sur la toile suscitaient l’engouement de la part des collectionneurs (déjà lassés des grands formats photographiques aux tirages impeccables). Les photographes plasticiens eux, vont chercher du côté d’une photographie plus picturale, allant jusqu’à imiter le tableau (comme c’est le cas chez Suzanna Majuri).

A travers plusieurs artistes, nous découvrons que ce retour à la figuration est emprunt d’un questionnement sur le réel.

Suzanna Majuri -

Entre vérité et mensonge: la peinture en question

Dans la section Russe à la galerie Blue Square, Igor Makarevich concentre tous les regards. Ses peintures empruntes de l’histoire soviétique font irrésistiblement songer à ses aînés (les suprématistes), ou vont chercher du côté des Futuristes Italiens. L’artiste y décline l’histoire de Pinocchio avec humour, préférant substituer au portrait, la représentation symbolique qu’il en a : un nez qui s’allonge pour en souligner le simulacre.

Ce thème du mensonge en art est décliné dans la plupart des oeuvres exposées au Salon, en voici quelques exemples.

Igor Makarevich - Galerie Blue Square

Thierry Bruet

Pascal Haudressy

Ici, une installation de faux oiseaux de Pascal Handressy sur des vestiges d’arbres projetés en vidéo, là, le tracé d’une robe dont le peintre ne termine pas les motifs préférant les laisser s’évanouir dans le blanc de la toile. Sylvie Fajfrowska pour cette oeuvre sans titre préfère renvoyer au spectateur la question de ce qui est représenté. Si les artistes ont renoué avec la figuration en effet, ils entendent prouver qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Sylvie Fajfrowska

Sabine Pigalle - After Lorenzo di Credi - After Jan Van Eyck 2013

La nostalgie des grands maîtres: l’histoire de l’art comme sujet

Ainsi, ce dialogue avec la peinture se poursuit chez Thierry Bruet par une vision post-moderne de Picasso le faisant figurer dans son tableau (Les Demoiselles d’Avignon) en compagnie des Ménines de Vélasquez, comme un concentré d’histoire de l’art. Sabine Pigalle, dans « AfterJan Van Eyck » préfère carrément brouiller les pistes (grâce à Photoshop) par l’hybridation de photographies actuelles avec des tableaux emblématiques de la Renaissance (Holbein, Piero di Cosimo, etc.). Maîtres indépassés et indépassables, la photographie se cherche ainsi une légitimité en retournant aux sources du portrait.

A travers ce recyclage de l’histoire de la peinture ou à l’aide d’installations créant le doute dans l’esprit de celui qui les regarde, l’art reflète le questionnement que chacun entretient aujourd’hui avec la réalité et la fiction, le réel, et le virtuel. Dans une époque qui met toutes les oeuvres au même niveau via Internet, sans hiérarchie d’époque ni de valeur intrinsèque, les artistes entendent ainsi porter un regard sans naïveté sur les codes de la représentation.

3 – De la peinture unique à l’ère du multiple via Internet

Rudolf Bonvie / Tumblr work 4

Rudolf Bonvie termine ce grand recyclage de l’histoire de l’art en nous conviant à un mix de celui présent sur les réseaux sociaux et de son propre travail.

En se saisissant du phénomène le plus actuel : les blogs Tumblr, Bonvie, artiste allemand âgé d’une soixantaine d’années, fait figure de pionner .

Dans deux grands formats exposés par la galerie, nous découvrons remis en scène des textes ou images empruntés au net. Où commence l’œuvre et où finit-elle ? Qui en est le créateur unique ? Autant de questions qui n’ont pas empêché ces oeuvres de se vendre déjà sur plusieurs continents, séduits par l’esthétique très moderne qui les fonde.

Telle une collection du réel partagé par un groupe d’internautes, Bonvie nous offre le portrait d’une époque. Morcelée, complexe, en constant dialogue avec son passé via toutes les sources qui permettent de le rechercher : google, spotify, wikipédia, il s’agit d’une époque qui mélange toutes les influences, et s’appuie sur « l’intelligence collective » pour tenter d’inventer le monde d’aujourd’hui.

Un monde rapide où la culture de l’instantané nous effraie et nous captive à la fois.  Il s’agit du monde de la tribu des « curator », ces individus qui ensemble, par leurs commentaires, leurs blogs et leurs Pinterests, dictent aux autres le goût de demain.

Danièle Pétrès

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *