Un rêve de Meret Oppenheim

Un rêve de femme, telle se présente Meret Oppenheim. D’une insolente beauté à 25 ans, elle séduit le groupe des Surréalistes déjà constitué en investissant la sphère la plus quotidienne qui soit : le repas (par des installations de vaisselle et de couverts) et les accessoires de la séduction (bracelets, gants), deux territoires délaissés par les hommes. Féministe dans sa manière de se penser libre et sexuée, elle aime à subvertir ces objets usuels en leur insufflant un contenu érotique.

Meret Oppenheim
Meret Oppenheim
Meret Oppenheim
Meret Oppenheim

Les bracelets recouverts de fourrure sont d’une sensualité brutale, ses gants recouverts de nervures de veine, d’une modernité jamais démentie. Une leçon de style reprise toute cette saison par de nombreux créateurs qui cherchent à aller plus loin que la mode éphémère, pour créer des « tenues manifeste » qui proclament des parti-pris, des identités singulières plutôt que des silhouettes

Meret Oppenheim
Meret Oppenheim
Meret Oppenheim
Meret Oppenheim
Meret Oppenheim
Meret Oppenheim

La femme aux talons ficelés comme un gigot, prisonnière de sa condition de gibier pour ceux qui la sifflent dans la rue[1], trouve ainsi un écho dans la femme sans visage d’Opening Ceremony (voir notre article) ou encore celle qui se trouve hérissée dans l’armure d’une robe de Ragne Kikas.

En panne d’inspiration pour penser la société d’après la mondialisation, les créateurs reviennent massivement aux sources des mouvements artistiques qui ont incarné la crise.  Dans l’art de la Renaissance : le maniérisme et dans l’art moderne : le Surréalisme.

Véronèse / Jérôme Bosh
Véronèse / Jérôme Bosh, 1er peintre du fantastique

C’est ainsi que le Musée du Luxembourg présentait récemment une exposition sur la représentation du rêve par les peintres du 16ème siècle. Femmes au cous impossibles, distorsions des matières et des corps, créatures alanguies en attente d’un impossible retour au réel; ces deux expositions nous offrent à voir à quelques semaines d’intervalle le tableau d’un monde qui cherche à réinventer son réel et la mode qui va avec.

Meret Oppenheim, 2. Schlangengedicht, April 1974 (28 x 40 cm)
(Jedes Wort muss mit dem letzten Buchstaben des vorherigen Wortes anfangen)

Meret Oppenheim
Meret Oppenheim

Danièle Pétrès

Expositions

Rétrospective Meret Oppenheim
LaM, 1 allée du Musée, Villeneuve-d’Ascq (Nord). Tél. : 03-20-19-68-68.
Du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures. Jusqu’au 1er juin.

La Renaissance et le rêve
Musée du Luxembourg (du 9 octobre 2013-16 janvier 2014).

[1] Il aura fallu 50 ans pour que des femmes puissent instaurer des zones « anti relou » contre le harcèlement de rue. Cf. manifestation du 25 avril 2014 dans un haut lieu de « relouitude » : rue de Lappe, dans le 11ème arrondissement à Paris.

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