Jean-Philippe Delhomme

Toujours entre Paris et New York, Jean-Philippe Delhomme collabore aux magazines Vogue, W, Architecture Digest, et The NewYorker ; il a publié un grand nombre d’albums[1] et trois romans aux Editions Denoël.

S’attachant à croquer les mondes de l’art contemporain, de la décoration intérieure, de la mode, qui souvent nous agacent sans cesser de nous passionner : il est très proche dans son propos de la sensibilité et de l’ironie du dessinateur français Sempé qui analyse si bien la vie quotidienne de ses contemporains.

NEW_img2
Jean-Philippe Delhomme

Dans son album « The Unknown Hipster », il donne libre cours à sa fantaisie en mêlant dessins, poèmes et récits impertinents tirés du blog de son personnage.

Les illustrations habituellement légendées d’une seule phrase s’enrichissent ainsi de longs textes, qui tel un journal de bord forment le portrait de cette nouvelle génération d’hommes qui s’habillent en chemise de bucheron, se chaussent de Caterpilar ou de Prada vintage pour arpenter la chaleur des moquettes de leurs bureaux d’études (ils sont architectes/DA/créatifs), de leurs lofts (ils sont bloggeurs/cuisiniers/journalistes/au chômage/chez leurs parents /X cochez la mention inutile). Attachants, écolos, artys, fashion victims, un peu ridicules, ils sont pourtant terriblement humains dans leur désir d’accomplir quelque chose d’important et d’exister de manière originale. Car à Paris ou à New-York, la valeur n’attend pas le nombre des années, il faut réussir rapidement ou disparaître des radars de la popularité espérée.

Les hipsters, ces nouveaux bobos ne sont d’ailleurs pas toujours bien vus dans les villes où ils s’installent car, rapidement, il font monter le prix de l’immobilier (rappelons qu’à Berlin, un groupe intitulé Hipster Antifa Neukölln s’est constitué pour porter la cause d’une communauté s’estimant victime des Hipsters, et qu’à New York ils sont dans certains bars interdits de séjour pour cause de “conversations trop ennuyeuses”.)

Ils n’en constituent pas moins le phénomène de ces dernières années, et une cible pour les marques en raison du budget qu’ils dédient à leur apparence vestimentaire.

new_img6Mais, le hispter dépeint par Jean-Philippe Delhomme n’en est pas vraiment un. Plus hippy que hype, lézarder et imaginer est sa priorité, quand le Hipster que nous connaissons est surtout avide de réussir. Victime des temps modernes, on le suit pourtant essayant de s’incruster dans toutes les fêtes sans y avoir été invité, on découvre avec lui les petits tracas des célébrités de la mode et de l’art contemporain (Marina Abramovic au Moma, François Pinault à Venise, Karl Lagerfeld rue Cambon). On le suit de soirées underground ratées en vernissages branchés et on souri quand il s’installe parmi les manifestants d’Occupy WallStreet. Rien ne rebute ni n’arrête le hipster inconnu. Il doit tout expérimenter et tout connaître, pour passer de l’anonymat à la célébrité, même s’il n’a encore rien produit lui-même.

NEW_img4
Jean-Philippe Delhomme

Poétique, affable, courtois, Jean-Philippe Delhomme n’est pas un hipster mais il a su en croquer les plus infimes manies dont son ambition inavouée de personnifier le subtil croisement d’un quaker hamish et d’un Lagerfeld triomphant sous les sunlights.

Car Delhomme se trouve lui-même au croisement de ces mondes-là : celui de la mode, du design, de l’art contemporain, celui des écrivains et de leurs sempiternels salons du livre, c’est pourquoi il en parle si bien.

NEW_img5
“How to impress with an artic parka jacket”, for French GQ #59, January 2013 Jean-Philippe Delhomme

Il faut découvrir de toute urgence ce beau livre impertinent et drôle, édité par la jeune maison d’édition « August », puis se rendre sur son Tumblr où l’on trouvera le journal de ses créations et la vue de son atelier à New-York. Une petite bulle de sourire pour bien commencer l’année!

Danièle Pétrès

The Unknown Hipster Diaries
August Edition
44USD

[1] Le Drame de la Déco, La chose littéraire, Scènes de la Vie Parentale aux Editions Denoël ; Design Addicts chez Thames & Hudson, et The Cultivated Life chez Rizzoli.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *