Sophie Calle: prendre soin de soi

La Virreina Image Centre de Barcelone présente Modus vivendi, une rétrospective de l’oeuvre de Sophie Calle, des années 1980 à nos jours.

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Documenter sa vie comme pour en prendre la mesure, tel est le parti-pris de Sophie Calle, qui a décidé de faire entrer le hasard et la nécessité de la rencontre dans ses créations. Dans l’infinité des chemins possibles que nous offre la vie, c’est en laissant aux autres le soin d’en interpréter le sens, qu’elle fait de sa vie un projet d’oeuvre totale, se laissant guider par l’impondérable. Témoin, son premier travail mêlant texte et images, où elle demande à sa mère d’engager un détective privé pour la suivre à Venise alors qu’elle va elle-même suivre un homme dont elle est tombée amoureuse.

PALAU DE LA VIRREINA, BARCELONE/Photo DP

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L’exposition de Barcelone s’ouvre par Les Aveugles (1986) puis passe à un travail plus récent: La Dernière Image (2010), Voir la mer (2011), mélangeant les époques: Last Seen (1991), Que-voyez vous ? (2013), Statues ennemies (2003), Dommages collatéraux, Cœur de cible (2003), Unfinished (2003), No Sex last night (1992), Les Autobiographies (1988 – 2013).

Un travail essentiellement autobiographique qui pose la question suivante: une vie ne pourrait-elle être saisie que dans le regard des autres ?

Pour les rencontrer sans en éprouver d’ennui, Sophie Calle a ainsi inventé au cours des années différents dispositifs qui permettent d’en garder la trace, avant d’en rendre compte dans son travail.

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Prenez soin de vous (2007), l’exposition présentée en 2013 au pavillon français de la Biennale de Venise est la plus représentative de l’aspect « faussement documentaire » de sa démarche, puisqu’il s’agit d’analyser la lettre de rupture de son amoureux.

107 femmes, représentant tous les corps de métiers, sont ainsi convoquées pour en épuiser le sens… L’objectif ? Réduire la douleur de la perte, apprivoiser la rupture ou… en faire « quelque chose ». Ce travail apparaît finalement au sein de l’exposition comme un noyau central, une « image dans le tapis », qui telle un mantra se déployant sur les murs, nous ramène au sens même de l’œuvre artistique.

Car n’est-il pas au fond question surtout de cela ? Faire quelque chose de ce qui nous arrive, le mettre en perspective, en images, en tableau, en livre ? Faire de l’incompréhensible et de la douleur, une expression plastique d’une beauté universelle, dans le but de la communiquer à d’autres, pour qu’ils s’en emparent à leur tour et infléchissent le cours de leurs vies ?

Entrer dans l’exposition de Sophie Calle, c’est comme entrer dans sa propre vie, s’interroger sur l’utile et l’inutile, et comprendre comment conserver la trace du temps. « Modus Vivendi », le titre de l’exposition, signifie à peu près :Trouver un accord. N’est-ce pas ce que nous cherchons tous au fond ?

Danièle Pétrès

PALAU DE LA VIRREINA, BARCELONE/Photo DP

MODUS VIVENDI. PALAU DE LA VIRREINA, BARCELONE, 2015

Curator: Agustín Pérez Rubio

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