L’ère du tuto ou l’ère du toutou?

A un moment, quelque chose a dérapé, vrillé, est parti en live. On n’a plus su faire une soupe aux choux, un make-up qui tient la route, on n’a plus su choisir quels vêtements porter, quelle carrière mener ou comment planter un arbre. C’est ainsi que le « tuto », cet avatar de la maitresse d’école a repris du service sous des formes soit glamour, soit rudimentaire genre diaporama-internet. Et devinez quoi, ça a marché du feu de Dieu. Plus une marque sans ses exercices de maquillage chez l’Oréal, Chanel ou Dior, sans des propositions de stylistes-curateurs de vêtements au Bon Marché, aux Galeries Lafayette, de décorateurs gratos à domicile; dans peu de temps tout le monde va s’y mettre, alors pourquoi ?

cachiensfavrect-fb-570e73b17769e

Parce qu’on n’arrive plus à vendre des produits, il y en a trop. Le « client », le fan, l’ami (l’ex consommateur), veut de « l’expérience », le « petit plus », le supplément d’âme façon Pretty Women, celui qui s’achète dans la réalité à coup e pourboires, mais qui est offert dans le monde magique d’Internet. Etre « pris en considération » « apprendre » « s’améliorer », l’enseignement, l’information qui change la donne, le conseil en développement personnel, est l’or noir de demain ! Sans quoi rien ne circulera, ne s’échangera, ne s‘achètera.

Tout le monde en parle : la fin de l’argent, le bitcoin, le troc, ne sont pas pour tout de suite : en attendant, il faut vendre, et pour le faire il faut proposer « une expérience ludique et culturelle ». Plus que jamais, nous sommes dans l’ère de l’entertainment, de l’occupation de “temps de cerveau disponible”, du présent, dans laquelle demain est impossible. Alors ne pensons pas à demain. Apprenons aujourd’hui, même si on apprends tout et n’importe quoi et surtout quelque chose qu’on savait déjà ou qu’on aurait pu savoir si on en avait eu envie.

Alors, sommes-nous devenus complètement cons ? Doit-on tout savoir, tout connaître ? Etre le meilleur en tout et ne pas rater sa vie faute d’avoir eu le bon coach en développement de bonheur individuel ? Devons-nous tous connaître la même chose, agir et arriver à nos objectifs de la même façon ? Doit-on tout simplement, refuser de voir que sous couvert de culture et de développement, les marques et les propriétaires des réseaux sociaux (les GAFA), via la diffusion de tutos généralisés, gourous de la vie heureuse, sont en train de créer un nouvel ordre moral, une nouvelle norme, un nouveau modèle social qui n’est autre que la face vertueuse et bien habillée du précédent visant à permettre de continuer à laisser quelqu’un d’autre penser à notre place, nous dire ce qui est bon ou mauvais, adapté, éthique ou has-been. Ce quelqu’un c’est soit un marchand, un réseau social ou un parti politique. Le bénéficiaire final sera toujours le « provider » celui qui donne de la bande passante, les moteurs de recherche ou les messagerie gratuite : Google, Facebook, pour n’en citer que deux; possèdent nos données personnelles, notre carnet d’adresse et connait le moindre de nos déplacements et de nos goûts,  souvent mieux que nos propres amis.

les-principales-races-de-chiens

Alors, ok les tutos ça permet d’aller plus vite (comment je fais mon compost ou comment je dépanne mon scooter), mais bon, inutile de se le cacher, arrêtons de se perfectionner sous tous les fronts et en même temps, admettons que tout ça ne débouche que sur une course à la compétence; il ne faudrait pas oublier que l’enjeu d’une vie c’est de faire émerger des émotions et des désirs réels et vrais et les vivre, pas de courir après des compétences exponentielles dont l’utilité reste secondaire, et qui peut nous empêcher de nous confronter avec ce qui développe vraiment notre imaginaire, notre sensibilité et notre intuition : l’ennui.

Déconnectons-nous des tutos.

DP

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *