Le monde vu par Angélique Lecaille

De loin, au détour d’une allée, on aperçoit de grands ciels gris, traités à la manière de Poussin. Aimantés par la toile, nous nous approchons et découvrons derrière la vitre qui recouvre l’image, le grain d’un papier cartonné : nous sommes face à un dessin à la mine de plomb de 120 x 140 cm d’Angélique Lecaille, exposé à Art Fair Paris par la galerie Melanie Rio.

A partir d’images d’actualité dont elle extrait l’universel sentiment d’urgence, Angélique Lecaille déploie sur de très grands formats les volutes affolées de ses ciels tourmentés, de forêts en flamme ou de cimes avant le déferlement de l’avalanche. Est-ce son utilisation monochrome de la mine de plomb, du graphite ou du Rotring qui confère à ces visions l’effet dramatique d’une nature livrée à sa propre violence? Ses paysages sont comme des instantanés d’un monde qui ne révèle aucune présence humaine, pris en plein chaos comme après Le Déluge.

Angélique Lecaille
Angélique Lecaille
Angélique Lecaille - Touch the sky (2006)
Angélique Lecaille – Touch the sky (2006)

Enigmatiques, ces scènes laissent planer une imperceptible menace, comme la revanche sourde d’éléments que l’homme ne pourra jamais dompter ; ainsi, cette série de 3 dessins (2009, mine de plomb): 7ème Jour, évoque une allégorie de la création, à double entrée.
Parfois, un mot fixe dans l’époque ces nuées saisis par la mine de plomb « Touch the sky (2006) », mais le plus souvent, c’est dans la continuité de l’histoire de l’art qu’Angélique Lecaille donne à voir ces paysages aux thèmes intemporels comme chez Caspar David Friedrich : cimes de montagnes, ciels illimités et nuageux, ruines, météorites, grottes, dans une réflexion sur le mouvement du temps et son possible gel.

Sur les tables de la galerie, nous découvrons des éclats météoriques de ce monde d’après l’explosion, qui sous ses cloches de verre, constituent le cabinet de curiosités impossible de la matière qui nous fonde.

Angélique Lecaille - Explosion X (2007)
Angélique Lecaille – Explosion X (2007)

Des scènes à découvrir dès maintenant, à la galerie Melanie Rio, tout le mois de mai.

Danièle Pétrès

Paru en 2013

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