Couzinet-Jacques et le surendettement

Série Standards & Poors – Sans titre 05, 2013, Tirage jet d’encre & verre teinté, 90 x 60 cm /Sans titre 04, 2013, 60 x 90 cm

La Galerie Particulière présente la première exposition personnelle de Sylvain Couzinet-Jacques. Deux séries issues de « Footnotes »  réalisées en 2012 au Texas, et Standards & Poors sur la crise immobilière espagnole (2013-14) sont regroupées sous le titre « The Near, the low, the common ».

série Standards & Poors - Sans titre 05, 2013, Tirage jet d'encre & verre teinté, 90 x 60 cm / série Standards & Poors - Sans titre 04, 2013, Tirage jet d'encre & verre teinté, 60 x 90 cm

Formé à l’Ecole de photographie d’Arles, Sylvain Couzinet-Jacques propose un regard nouveau sur les faits de société, en adoptant une approche de la photographie qui n’est pas sans rappeler les images instagrammées des réseaux sociaux. Mais à la différence de ces images amateur qui ont modifié à jamais notre relation à la photographie, celles de Sylvain Couzinet-Jacques constituent une véritable lecture des faits qu’il propose, tout en intégrant ce changement de nature.

Il joue ainsi avec les limites de la photographie : seuils de visibilité, images voilées par des verres teintés qui rappellent les lunettes de soleil, surexposées ou sous-exposées jusqu’à rendre le motif représenté presque invisible. Maltraitées, ces représentations renvoient aux événements subis par les propriétaires de ces maisons abandonnées, réduits à n’être qu’une note en bas de page dans la marche furieuse du monde.

Couleurs comme passées au filtre Instagram pour une réalité colorée années 70, imagerie palmiers d’un paradis perdu tie and dye ; ne restent que les couleurs pour embellir un réel en voie de disparition.

série Footnotes - Houses, 2012, Tirage jet d'encre sur papier Hahnemühle, 60 x 90 cm
Série Footnotes – Houses, 2012, Tirage jet d’encre sur papier Hahnemühle, 60 x 90 cm

Regarder une photographie de Sylvain Couzinet-Jacques demande un effort au spectateur. Il faut les regarder longtemps pour comprendre qu’au-delà du brouillard de sable, apparait lentement une image fantôme comme prise dans le bain d’un révélateur. Ainsi ce pick-up blanc en voie d’effacement, mangé par ce qui l’entoure ; la rapacité des banques, sa propre obsolescence programmée, le rêve de celui qui le possède ou l’a possédé, dans un passé flottant enfoui dans le surendettement. Nous sommes sommés de réfléchir avant de nous laisser porter par la poésie de ces tirages qui semblent brûlés par le soleil ou envahis par les couleurs du temps.

La voiture est-elle abandonnée ? On ne le saura pas, mais on pourra s’interroger longtemps après avoir vu ces images-traces, à mi-chemin entre poésie et documentaire, esthétique et maîtrise technique, au propos artistique affirmé.

La Galerie Particulière
La Galerie Particulière

Image de couverture: Série Standards & Poors – Sans titre 04, 2013, Tirage jet d’encre & verre teinté, 60 x 90 cm

Né en 1983 à Paris, son travail a été exposé au BAL, à Paris Photo, au Salon de Montrouge et aux Rencontres d’Arles. Il a été Finaliste du prix Leica et Sciences Po pour l’art contemporain en 2014.

Danièle Pétrès

La Galerie Particulière, exposition jusqu’au 29 septembre 2014

16 Rue du Perche, 75003 Paris
T : 01 48 74 28 40

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