La petite veste noire de Chanel

Icône de la Maison Chanel depuis 1954, la petite veste noire est l’héroïne d’une exposition de photographies réalisée par Karl Lagerfeld. Avec la complicité de Carine Roitfeld, directrice mode du magazine Harper’s Bazaar, le couturier a photographié une centaine d’amis, de personnalités et de mannequins revêtus de la célèbre veste. Indifféremment portée par les hommes et les femmes se l’appropriant le temps d’une photo, la petite veste noire prouve ainsi sa modernité.

Pièce maîtresse du vestiaire de la Maison du 21, rue Cambon, la petite veste noire a suscité bien des copies sans jamais égaler l’originale.

Qu’a–t-elle donc de particulier? D’abord son histoire : inspirée d’une veste d’homme autrichienne, Gabrielle Chanel l’a voulue pratique et confortable comme un vêtement qu’on enfilerait à la campagne. Une simplicité qui lui permettrait d’y associer des perles ou des camélias pour être portée dans la journée ou le soir. La coupe :  courte avec quatre poches plaquées sur le devant, sans col encombrant, elle a été pensée initialement en tweed pour sa robustesse. Le secret de son succès : il tient à de petits plombs qui sont cousus dans le tombé de l’ourlet, permettant de lui garder au fil du temps une tenue impeccable. La petite veste noire n’est pas seulement un classique, c’est une des rares pièces de prêt à porter toujours conçue sur les principes de la haute couture.

Gabrielle Chanel, après avoir libéré la femme du corset et des robes longues en lui proposant des robes en jersey de laine à porter juste au-dessous du genou, a parachevé la création d’un vestiaire idéal par cette pièce en tweed dont elle ne se séparait jamais. Cette veste est sa création et son emblème, celui d’une femme libre de ses mouvements et de ses actes. Celui d’une femme qui travaille et dont le sort ne dépendait pas d’un homme. Tout en restant féminine et élégante, elle continue d’inspirer la plupart des maisons de prêt-à-porter cet hiver, qui la déclinent en jersey de laine, comme la marque Les chemins blancs, ou Maje et Sandro en version mixte avec du cuir.

On peut retrouver les visuels de l’exposition dans le livre éponyme (La petite Veste Noire) édité par les éditions Steidl (éditeur de livres de photographies, culte également). Enfin, avec un accrochage audacieux, juxtaposant sur trois niveaux des grands formats pixélisés issus d’imprimantes, tirés sur toile et non sur papier glacé, le couturier montre ici qu’il n’est pas seulement un grand couturier, c’est aussi un grand plasticien.

Danièle Pétrès, texte et images (paru en 2014)

 

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