Sophie Fontanel: “Je fais ce que cheveu”

Faut-il se colorer les cheveux ou non passé un certain âge ? Est-il subversif de refuser ou de cesser de le faire ? Est-il nécessaire d’y consacrer un livre ? C’est à ces questions a priori frivoles que répond Sophie Fontanel, ex-directrice mode du magazine Elle et chroniqueuse pour l’Obs, dans son dernier livre « Une apparition », paru aux Editions Robert Laffont.

 

L’Annonce faite à Sophie

Sophie Fontanel a eu l’idée de ce livre, quand, attablée à un café du sud de la France, une femme arborant une superbe chevelure blanche lui est soudain apparue sortant d’un des bateaux de luxe amarrés au port. Hors normes, cette femme ne correspondait à aucune classification. Ni jeune ni vieille, ni blonde ni blanche. Mais alors quoi au juste ? Libre ? Lumineuse ? Vivante ?

Cette vision presque surnaturelle a soudain fait comprendre à Sophie Fontanel que derrière ses mèches charbonnées de teinture et le travail de Sisyphe nécessité pour recouvrir ses racines, se cachait peut-être un trésor. Celui de la beauté.

De ce jour elle a cessé de se teindre les cheveux et décidé de noter ses réflexions (et celles des autres) durant ce moment de transition du noir au blanc, et même d’y consacrer un compte Instagram. Les racines ont poussé lentement, permettant à l’auteure de faire le deuil de celle qu’elle était « avant » pour devenir celle qu’elle est maintenant ; faisant au passage cette découverte inattendue : oui, on est parfois plus belle quand il n’est plus temps de l’être… Allez savoir pourquoi. C’est ce pourquoi qui intéresse Sophie Fontanel et qu’elle développe dans son livre.

En forme de récit initiatique, l’Apparition emprunte son cheminement à un récit biblique, telle une Annonciation moderne (qui n’est pas sans rappeler l’immaculée conception, de manière symbolique). Bon bien sûr, il s’agit là de l’Annonciation du cheveu blanc, mais il n’en reste pas moins qu’elle provoque une nouvelle naissance de l’auteure !

Instagram, pénitence et rédemption

Il y a le récit de cette transformation et puis il y a les commentaires qu’elle génère sur Instagram : « Enneigée, ça me donnerait presque envie de vieillir ». Trouville. « Etre paraître devenir ». New-York.  « Je fais ce que cheveu ». Paris. Partout où il y a des femmes intéressées par la mode, l’image et ce qu’il advient de la séduction une fois passé le temps des cheveux noirs, une fois passé le temps de la conquête et du désir (crois-t-on), les autres femmes commentent, s’extasient, s’inquiètent, encouragent cette préfiguration d’elles-mêmes (mais toujours plus tard, dans l’arrière-pays de la vieillesse).

Tête baissée face caméra, certaines photos apparaissent comme une pénitence ; le chemin de croix d’une coulée de cheveux noirs qu’il faut savoir porter le temps de la repousse pour retrouver cette forme d’humilité qui fera advenir l’autre femme. Celle qu’on ne connait pas encore dans le miroir mais dont on espère qu’elle révèlera autre chose de soi : peut-être l’abandon de choses dont il n’était pas certain qu’on les veuille encore.

Cesser de courir après le temps

Ayant personnellement des cheveux blancs, j’ai vécu cette transformation à 45 ans comme l’entrée dans « le no man’s land de la femme mure ». Pourtant, à y regarder de plus près, il n’est pas impossible que ce changement ait produit des effets positifs sur ma vie comme elle l’a fait pour Sophie Fontanel car au fond, la nature est bien faite. De même que la presbytie envahit de flou la perception globale de son corps, les cheveux blancs renvoient un halo de lumière sur un visage qui a perdu son aura juvénile pour en acquérir une autre, peut-être celle de l’intemporalité. Un chapitre intéressant est ainsi consacré à Andy Warhol et ses perruques blanches, gommant toute perception de son âge. Et le revendiquant.

Laisser ses cheveux blancs quand ils apparaissent constitue aussi un signe de la liberté qu’on prend de ne pas correspondre à ce qu’on attend d’une femme généralement : qu’elle ne vieillisse jamais (ou sauf pour s’occuper de ses petits- enfants parce qu’elle est à la retraite).

Ainsi le cheveu blanc place une femme dans une version atemporelle d’elle-même, où aucun code ne correspond vraiment à son âge réel puisqu’elle peut désormais avoir 30, 40, 50, 70 ans ou plus. Rien ne lui sera donc plus demandé de manière codifiée. Quel soulagement.

Pour Sophie Fontanel, assumer ses cheveux blancs lui a permis de découvrir d’elle une version moins attendue, plus authentique surement, de la femme qu’elle ne savait pas être. Avant. Mais pour les autres, une femme affranchie de son âge, n’est-ce pas finalement très inquiétant ?

Malgré ces propos laudateurs et encourageants, je tiens tout de même à signaler que comme jamais rien n’échappe au marketing et surtout pas les cheveux blancs, à chaque fois que j’ai tenté de regarder sur You Tube la présentation du livre par son auteure, j’ai eu droit à une publicité pour lutter contre l’ostéoporose ou pour commander un siège élévateur.

Si l’amie fabuleuse de Sophie Fontanel est devenue mannequin à 65 ans grâce à ses merveilleux cheveux et sa silhouette parfaite, c’est pour des marques qui rassurent les femmes sur leur apparence future (“elle est encore bien pour son âge”), mais n’en font pas des sex symbols.

Oui, pour le monde du marketing-produits avoir des cheveux blancs signifie bien vieillissement et dégénérescence. Il y a encore du boulot, Sophie !

Danièle Pétrès

Pour en savoir plus: Sophie Fontanel. Une apparition. Editions Robert Laffont (août 2017).

Danièle Pétrès: Auteur de recueils de nouvelles et de romans publiés chez Denoël (Le bonheur à dose Homéopathique, Tu vas me manquer, La lecture), d’une pièce de théâtre « Deux Partout » (France Culture).

Rédactrice en chef de l’Inventoire (article paru dans l’Inventoire en novembre 2017).

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